Quel impact du RDUE sur les petits producteurs de café ?

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Le RDUE, c'est quoi ?

Le RDUE (Règlement européen contre la déforestation et la dégradation), adopté en 2023, impose des restrictions strictes sur l'importation de certains produits comme les bois, le soja, le caoutchouc, le bœuf, le café, l'huile de palme, le cacao et leurs produits dérivés, si leur production est associée à la déforestation. A partir du 30 décembre 2024, les entreprises européennes devront désormais prouver que les produits qu'elles importent ne contribuent pas à la déforestation, directe ou indirecte, depuis une date de référence fixée en 2020.

Pour quelles raisons ?

Ce règlement peut être vu comme un message fort de la part de l'Union Européenne pour la protection et la préservation des forêts et pour le respect des règles de l'OMC. En imposant cette réglementation, l'UE espère ainsi pouvoir encourager la vente des matières premières et produits ne provenant pas de la déforestation et ainsi avoir un réel impact sur la destruction massive de nos écosystèmes.

Le café est-il concerné ?

Oui, le café sous toutes ces formes fait partie des produits visés par la réglementation. Pourquoi ? Même si on sait que de nombreuses cultures de café font partie de projets d'agroforesterie (comme parmi tant d'exemples sur l'île de Sumatra en Indonésie), il est compliqué de le prouver pour des raisons détaillées ci-dessous. Reste la culture de café plus intensive pour une production industrielle qui fait face à une demande croissante et donc à une conversion de vastes étendues de forêts en plantations de café. Cette déforestation a des conséquences graves sur la biodiversité, les cycles hydrologiques et la stabilité des écosystèmes locaux. De plus, même sur des terres n'ayant pas subi de déforestation, l'utilisation excessive de pesticides, d'engrais chimiques et d'autres intrants agricoles pollue les sols, les cours d'eau et nuit à la santé des écosystèmes forestiers.  

Véritable menace pour nos écosystèmes et nos forêts, la culture du café dans son ensemble à tout intérêt à être réglementée. Le RDUE vise à encourager les acteurs de la chaîne d'approvisionnement du café à adopter des pratiques plus responsables de l'arbre à la tasse, et ce, malheureusement, au détriment des petits producteurs...

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Comment appliquer cette réglementation ?

En tant qu'entreprise à mission ayant fait le choix exclusif d'un café issu de l'agriculture biologique et du commerce équitable, nous ne pouvons que saluer cet effort européen. Cependant, toujours en tant qu'entreprise à mission valorisant nos producteurs et reconnaissant leurs conditions de travail et leurs droits de vivre décemment, nous nous interrogeons sur la mise en place pratique de cette réglementation notamment dans un pays comme l'Ethiopie. Très peu de gros producteurs ou "coffee estate" dans le berceau du café, mais environ 15 millions de petits producteurs déjà très soucieux de produire le plus "proprement possible"; tout un pan de l'économie nationale donc est concerné par cette décision européenne.

Comment un producteur peut-il prouver que son café ne provient pas de la déforestation ?

Pour prouver à l'Europe que le café ne provient pas de la déforestation, les producteurs et les exportateurs de café vont devoir mettre en place des techniques pour assurer la traçabilité et la durabilité de leurs produits. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place des technologies poussées incluant des bases de données numériques afin de documenter chaque étape de la chaîne d'approvisionnement.

Ce procédé implique également l'utilisation d'outils de géolocalisation et de cartographie pour vérifier l'origine du café afin de prouver que les terres agricoles des fermes en question ne proviennent pas de zones de déforestation récentes. Bien entendu, tout cela devra être audité par des tiers indépendants et rapporté aux instances européennes.

Deux réalités différentes

Vous l'aurez compris, si nous reprenons l'exemple de l'Ethiopie, au vu de la précarité économique des producteurs, de leur éloignement géographique des grands centres urbains et de leur accès encore très peu développé aux nouvelles technologies, il parait impensable qu'un producteur éthiopien puisse avoir les moyens financiers et la formation nécessaire pour répondre aux exigences européennes.

 

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Quels sont les risques pour les producteurs éthiopiens ?....

Certains importateurs tournent déjà leurs yeux vers des pays comme le Brésil où le travail de traçabilité semble plus facile. C'est un danger vital pour les petits producteurs qui risquent de perdre l'accès aux marchés européens et d'aggraver la pauvreté dans les communautés rurales. Plus de la moitié des exportations éthiopiennes de café vers l'Europe sont menacées, la réduction des exportations pourrait aggraver les difficultés économiques du pays, marqué par l'inflation et la pénurie de dollars.

Et pour les consommateurs européens ?

Un plan national semble être à l'étude pour aider les producteurs à répondre aux exigences européennes et des gros importateurs se disent prêts à mettre au service du pays leur technologie en termes de traçabilité mais rien n'est encore décidé et la date butoir du 30 décembre 2024 approche. Le café éthiopien, très plébiscité en Europe pourrait devenir une denrée rare ou voir son prix exploser pour contrecarrer les efforts technologiques exigés par le RDUE.

Nous veillons à comprendre comment la situation va évoluer et ne manquerons pas de vous tenir au courant... Le monde du café est aussi passionnant qu'agité !

 

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